Le 28 mai, une journée symbolique et « sang » tabou

Le 28 mai est une journée dédiée à l’hygiène menstruelle et “sang” tabou. Initié par l’ONG allemande WASH United en 2014, cet événement annuel vise à briser les tabous et à sensibiliser la communauté internationale sur l’importance d’une bonne hygiène menstruelle chez les femmes et en particulier les jeunes filles à travers le monde.

Cela fait 5 ans que cette journée existe pour rappeler au monde entier l’importance de briser les tabous autour des menstruations, un phénomène pourtant naturel, qui arrive tous les mois chez une femme en parfaite santé et qui pourtant reste un sujet tabou.

cc: Menstrual Hygiene Day

Pourquoi les menstruations restent encore un sujet « tabou » ?

La première justification reste celle de la « honte ». La majorité des femmes expriment difficilement la situation et dissimulent leurs protections.

Une étude réalisée par la Coalition internationale pour la santé des femmes montre que la quasi-totalité des femmes utilise des euphémismes pour parler de leurs menstruations. Il existerait ainsi plus de 5000 expressions, selon cette même Coalition, pour évoquer cette période mensuelle.

Françoise Girard, présidente de la Coalition, explique au Washington Post : « En utilisant ces termes, on intériorise la honte, cela suppose que c’est quelque chose de mauvais, quelque chose dont on devrait avoir honte. La société vous dit que les règles sont quelque chose que les femmes devraient cacher. »

Les femmes elles-mêmes intériorisent ces clichés et alimentent ce sentiment de honte, de gêne véhiculé par l’ensemble de la population. C’est notamment le cas des publicités pour les protections hygiéniques qui entretiennent le mythe en montrant un fluide bleu en place et lieu du fluide sanguin rouge des règles.

Rappelons tout de même que les substances contenues dans les protections hygiéniques et dans les tampons utilisés par les femmes peuvent être toxiques pour leur organisme, alors qu’elles font partie de leur quotidien. Bien que la coupe menstruelle soit une alternative efficace, elle est encore peu répandue.

cc: Pixabay

Il est par exemple mal vu de dire ouvertement, surtout en Afrique, « j’ai mes règles ». Et je peux le confirmer puisque moi-même je le vis. Beaucoup de femmes utilisent des termes pour l’exprimer : les anglais débarquent, je suis dans ma mauvaise période, les soldats rouges sont là, j’ai mes ragnagnas, je suis indisposée… Certaines même osent dire qu’elles sont malades, alors qu’il ne s’agit nullement d’une maladie, bien au contraire. Tout est bon pour éviter de se justifier ou de se couvrir de honte face au regard ardent des autres. Cela même va encore plus loin : entre femmes il existe un sentiment de gêne à parler de menstruations car on y voit directement une connotation sexuelle.

Le deuxième point est celui des croyances qui entretiennent la honte.

Dans plusieurs endroits du globe, on peut entendre ça et là des croyances très souvent absurdes, oui absurdes pour renforcer l’isolement des femmes en période de menstruations. Je vous invite à lire cet article réalisé auparavant qui retrace quelques mythes autour des menstruations dans différents pays.

A lire aussi : 10 idées reçues à corriger pour la journée internationale des menstruations

 

Zoom sur la situation en Afrique

D’après l’UNESCO, une femme sur dix en Afrique ne va pas à l’école au moment de ses règles. Cela entraine un important décrochage scolaire pour les jeunes femmes. Au Ghana par exemple, les filles manquent plus de 5 journées de cours par mois à cause des équipements sanitaires insuffisants.

L’UNICEF estime qu’en Afrique, 66% des filles ne disposent pas d’une bonne information sur la menstruation avant d’être confrontées à leurs premières règles, ce qui rend l’expérience négative et parfois traumatisante. La même source indique aussi que sur le continent africain, une fille en âge de scolarisation sur dix s’absente régulièrement de l’école pendant ses règles.

En Sierra Leone, par exemple, même quand les jeunes filles vont à l’école, celles qui sont en période de menstruations s’assoient au fond de la classe car elles ont peur d’émettre une odeur ou craignent une fuite sur leurs vêtements, d’après le site du Menstrual Hygiène Day. Tous ces chiffres très peu satisfaisants montrent à quel point le continent africain doit fournir encore de nombreux efforts quant à l’hygiène féminin. Des chiffres en effet très peu glorieux qui influent négativement sur plusieurs aspects de développement. 

cc: Pixabay

Des actions ou solutions efficaces existent-elles déjà ?

On observe de plus en plus d’actions en tout genre afin de combattre ces tabous et rompre l’isolement des femmes à travers le monde. Des acteurs du changement osent prendre le lead pour briser les tabous et trouver des solutions efficaces et adaptées à ces filles et femmes.

L’une des premières initiatives à rappeler est celle de l’ONG allemande WASH United, qui à travers cette journée a permis de rappeler ô combien ce sujet reste vital dans nos sociétés.

Des évènements sont organisés dans plusieurs pays par des organismes à but non lucratifs par exemple pour donner davantage de visibilité sur cette journée.

On remarque de plus en plus d’ONG qui mènent des actions sur le terrain afin de combattre ce tabou, tels que l’UNICEF ou encore Plan International, qui font un travail encourageant mais encore insuffisant auprès des jeunes filles.

En Inde, le site Menstrupedia propose des bandes dessinées pour briser les mythes sur les règles et apprendre aux femmes à accepter cette période sans honte.

Des startups sociales voient le jour, comme par exemple KmerPad co-fondée par 4 jeunes africains dont la camerounaise Olivia Mvondo Boum est la représentante. KmerPad confectionne des serviettes hygiéniques lavables et réutilisables à des tarifs très avantageux pour les femmes. Une solution qui répond efficacement aux besoins des filles et femmes sur le continent africain.

cc: KmerPad

Enfin, on ne peut pas parler d’actions sans inclure le numérique au service de nombreuses bonnes causes.

Il est important de rappeler qu’une première campagne numérique avait été lancée en 2017 (par mes soins) afin de briser la parole et relayer toutes les informations, actions et expériences vécues à travers le hashtag #RegleeCommeElle. La phase 2 du projet est toujours en cours mais prévoit de fédérer le maximum d’acteurs autour de cette campagne. 

A lire aussi : Campagne #RegleeCommeElle : les règles des femmes, c’est la vie !

Il serait judicieux, à mon humble avis, d’inclure dans ce combat tous les acteurs (y compris les acteurs publics surtout en Afrique) pour plus d’efficacité. Puisque ce sujet relève de la santé publique, il est plus que jamais important que les acteurs publics en fassent une affaire d’État et trouvent des solutions nécessaires. Pour ce faire, ils peuvent compter sur l’appui des ONG et autres organisations à but non lucratif mais également recenser toutes les solutions déjà réalisées pour les rendre encore plus performantes.

A mon humble avis, l’une des meilleures façons d’y arriver est d’inclure ce sujet dans le programme d’éducation nationale. C’est dès le bas âge que les jeunes filles et garçons doivent être sensibilisés à ces sujets.

Par exemple au Ghana, une étude menée pour le Menstrual Hygiene Day a montré que la scolarisation des filles avait augmenté après qu’elles aient reçu des serviettes hygiéniques gratuites et une éducation sur le sujet.

Le bien-être des femmes est menacé uniquement par défaut d’information, de protection et d’hygiène. L’éducation reste l’arme la plus puissante pour l’améliorer.

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