[Interview]: Tariam Agnès DJIBANGAR, la première femme Docteur en Immunologie au Tchad

A l’état civil, Tariam Agnès DJIBANGAR est une tchadienne, Docteur en immunologie de formation. 

Avant même de faire un focus sur le parcours exceptionnel de cette femme, il est important de définir ce qu’est l’immunologie. Ce n’est autre que la branche de la bio-médecine qui couvre l’étude de tous les aspects du système immunitaire dans tous les organismes. Un système complexe, composé de différents types de cellules et d’anticorps, qui permet au corps de se protéger contre les infections et autres pathologies, telles que les cancers (dans une certaine mesure).

cc: Pixabay

Une branche donc très importante dans la médecine permettant ainsi de relever différentes pathologies du système immunitaire pour prévenir de tous risques importants et trouver le traitement adapté au problème détecté. Malheureusement cette branche de la médecine est très peu développée au Tchad, voire-même quasi inexistante faute d’infrastructures notamment. Tariam est donc la première et unique femme diplômée et experte dans ce domaine. Ce qui est un véritable atout pour le pays qui manque encore d’experts dans ce type de domaine. 

Je suis allée à la rencontre de Tariam et vous livre dans cet article inédit le retour de notre entrevue. 

Tariam, peux-tu nous en dire un peu plus sur ton parcours? 

Tariam Agnès DJIBANGAR
Tariam Agnès DJIBANGAR

J’ai été orientée à la faculté de sciences naturelles où j’ai opté pour la biologie médicale. Mais pour ce faire, il m’a fallu partir à Abidjan (Côte d’Ivoire). Par chance, ma tante maternelle a pu m’y recevoir.

Une fois ma licence à l’Institut National des Agents de Santé en poche, je suis rentrée au Tchad en 2004 et ai intégré la Fonction Publique.

Deux ans plus tard, je suis repartie à Abidjan pour préparer un diplôme d’Ingénieur des Techniques Sanitaires, option Immunologie puis suis revenue en 2010 au pays natal. Un poste m’a alors été proposé au laboratoire du Grand Hôpital de N’Djamena (Tchad), plus spécialement en charge des examens biomédicaux, de l’unité d’Immunologie.

En 2012, je suis repartie en formation et je ne suis inscrite à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal) en Master Immunologie-Infection.

Après le Master en 2015, j’ai obtenu une inscription en Thèse pour faire un doctorat en co-tutelle entre l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et l’Université Félix Houphouët Boigny de Cocody (Côte-d’Ivoire).

C’est en 2019 que j’ai soutenu ma Thèse en Immunologie à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar pour enfin attester du Diplôme de Docteur dans mon domaine de prédilection. 

Aujourd’hui, tu es la 1ère et unique femme Tchadienne (pour l’instant) Docteur en Immunologie. Pourquoi avoir tout d’abord choisi cette branche de la médecine (hasard, opportunité ou choix délibéré) et qu’est ce que cela fait d’être la seule femme dans ce domaine pour un pays aussi grand que le Tchad ?

 J’ai choisi cette branche par amour parce que l’Immunologie est au centre de la Biologie (Hématologie, Biochimie, Parasitologie, Bactériologie…) C’est une matière très complexe et très peu connue au Tchad. 

Je suis très fière et joyeuse d’être la première femme dans mon pays, c’est la grâce de Dieu. Je demande aux parents d’encourager leurs filles à poursuivre de longue étude, car le travail est le premier mari de la femme. Ce n’est pas facile , mais avec la volonté et le persévérance on peut obtenir ce qu’on veut dans la vie.

Pourquoi être rentrée au Tchad après les études? 

Je suis rentrée au Tchad dans le but de pouvoir aider mes frères et sœurs à aimer la Biologie et aussi les aider à avancer dans leur formation, apporter une pierre à l’édifice, et surtout participer à la formation des nouveaux immunologistes de mon pays.

Mais il se trouve que nous sommes confrontés à certains problèmes : la réinsertion des personnes de la diaspora sur le marché de l’emploi, la valorisation des diplômes ou encore des années d’expériences et encore bien d’autres maux…

Quels sont à ce jour tes projets ? Qu’est ce que tu prévois ou envisages de faire ?

Je reste convaincue que nous pouvons faire beaucoup de choses pour la recherche en Immunologie ici au Tchad, et ce en accord, bien entendu avec d’autres acteurs partenaires. cependant, je suis passionnée par l’enseignement, le goût de transmettre des compétences et savoir-faire donc je souhaite plus que jamais participer à la formation et à l’encadrement des étudiants de mon pays. 

Photo prise lors d'une formation spécialisée en Chine
Photo prise lors d’une formation spécialisée en Chine

 

J’ai été confrontée à plusieurs difficultés au cours de mon cursus universitaire telles que: les difficultés d’obtention de bourse, de financement de mes articles, des freins sur le terrain des recherches ou encore lors de la rédaction de ma Thèse, mais je n’ai jamais baissé les bras. 

 

Si l’on devait retenir 2 mots qui te qualifieraient le mieux, quels seraient-ils ? 

Les 2 mots qu’on doit retenir de moi sont : la volonté et la persévérance. Dans la vie pour entreprendre quelque chose , il faut avoir la volonté, sans la volonté on ne peut rien faire. Mais n’oubliez pas également d’accompagner cette volonté avec la persévérance, quelles qu’en soient les difficultés , il faut persévérer jusqu’à l’obtention de ce que l’on désire le plus. 

 

Quelles ont été (la) ou les personnes qui ont influencé votre parcours ainsi que tes choix professionnels ou personnels ?

Je pense notamment au Professeur Dosso Mireille pour son travail remarquable et à Mme Jacqueline Moudeina pour son courage. 

  

Je pense que d’ici 10 ans, nous aurons assez de Biologistes surtout des immunologistes pour permettre aux jeunes chercheurs d’intégrer pleinement la fédération des Immunologistes Africaines. 

 

Quel message aimerais-tu faire passer (autorités de ton pays, potentiels investisseurs…) selon tes attentes. 

J’aimerai qu’on puisse créer un jour la Fédération d’Immunologistes Tchadienne comme en Côte-d’Ivoire ou encore au Sénégal et que le Tchad intègre la fédération de la Société d’Immunologiste Africaine.

Pour tout contact avec Tariam Agnès: 

Téléphone: (00235) 68 84 55 80

Email: tariamdjibangar@yahoo.fr

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