Afrique francophone: quelles solutions pour une meilleure éducation des filles?

En prélude de la conférence internationale sur l’éducation des filles et la formation des femmes dans l’espace francophone qui se tiendra du 18 au 19 Juin 2019 à N’Djamena (Tchad), je réalise cet article pour comprendre davantage l’importance de cette thématique, dans nos pays d’Afrique francophone notamment. 

Zoom sur cette conférence: 

Affiche de la conférence sur l’éducation des filles (Tchad 2019) cc: OIF

 

Cette conférence a été instaurée afin d’assurer l’inclusion et l’égalité des sexes dans et par l’éducation.
Pendant 2 jours, les participants exploreront les causes profondes des inégalités, des disparités et des diverses formes d’exclusion et de discrimination touchant les filles et les jeunes femmes, ainsi que les moyens d’accroître l’accès, réduire les taux d’abandon scolaire, de redoublement et d’échec et éliminer les inégalités de genre dans l’éducation, les dispositifs de formation et d’apprentissage. 

Les différents évènements prévus ( tables rondes, ateliers…) auront pour but de mettre en évidence des politiques et des stratégies éducatives innovantes et prometteuses pour tous les apprenants, dans le respect des besoins liés à leur sexe, et d’éliminer toutes les formes de discrimination existant dans l’environnement d’apprentissage.

Enfin, la conférence permettra aux pays francophones d’apporter une contribution importante au Forum politique de haut niveau (HLPF) qui joue un rôle central dans le suivi et l’examen mondiaux des Objectifs de développement durable de 2030 (ODD), et d’alimenter, à travers ses conclusions, la réunion conjointe des ministres de l’Éducation et du Développement du G7 prévue le 5 juillet en France. (source: OIF) 

« Quand des filles ont accès à une éducation de qualité, elles acquièrent les compétences et les connaissances dont elles ont besoin pour réaliser leur potentiel et transformer leur vie, leurs familles et leurs communautés. » Agnes ODHIAMBO, hercheuse senior auprès de la division Droits des femmes à Human Rights Watch. 

 

Pourquoi l’éducation des filles reste encore problématique dans l’espace francophone?

Plusieurs chiffres alarmants montrent le déclin de l’éducation des filles en Afrique subsaharienne, et, ce même si quelques progrès ont été observés dans certains pays. Par exemple, La moitié des enfants non scolarisés à l’échelle mondiale sont des filles. 

Cette situation est due notamment à plusieurs facteurs:

1: le facteur social: en effet les jeunes filles sont les plus discriminées par rapport aux jeunes garçons du fait que dans de nombreuses communautés ou cultures, la fille est vue comme une future femme/mère au foyer. Les filles sont, selon ces croyances plutôt excellentes dans les tâches domestiques, la gestion du foyer, des enfants ou bien d’autres choses. Ce qui laisse entendre qu’investir dans sa scolarité serait plutôt vu comme une perte aux yeux de la famille. 

2: les violences à l’école: que ce soit sur le chemin de l’école ou en classe: de nombreuses filles sont victimes de violences liées à leur sexe.Elles subissent bien souvent: de la maltraitance, des violences physiques, morales ou encore des abus sexuels de la part du personnel éducatif (pour certains) ou encore des garçons: ce qui très souvent conduit les parents à retirer leurs filles de l’école. 

3: Les mutilations génitales, les mariages et/ou grossesses précoces: ces deux phénomènes bien malheureusement fréquents obligent certains élèves à mettre fin à leur cursus scolaire. Bien souvent, elles sont la conséquence de relations non consenties ou alors du non accès à une éducation sexuelle adaptée. 

Parler de sexualité aux jeunes est vu comme un tabou dans de nombreuses cultures d’Afrique francophone. 

4: le manque d’infrastructures et de manuels (notamment dans les zones rurales): le difficile accès ou le manque d’infrastructures (latrines, salles de cours, équipements, manuels…) adaptés est un réel problème pour l’éducation des filles. 

5: le manque de politique adaptée à une “éducation pour toutes”: dans bien des cas, la pauvreté reste un facteur récurrent qui impacter sur l’avenir des filles. En effet les familles en situation d’extrême pauvreté ne pouvant pas assumer les frais de scolarité de leurs enfants privilégient les garçons ou encore se retrouvent contraints de sacrifier leurs filles. Et une politique ne permettant pas de réduire les coûts de scolarité, de proposer des bourses sur critères sociaux ou encore de faciliter les accès à la scolarité sont un véritable frein. 

6: L’absence de certificat de naissance: l’acte de naissance est le premier document officiel de la vie d’un nouveau né et bien malheureusement, de nombreux enfants (en majorité les filles) se retrouvent sans véritable identité légale et juridique. Ainsi donc, nombreuses sont-elles à se voir refuser toute inscription à l’école ou encore à ne pas pourvoir passer d’examens ou encore obtenir un diplôme essentiel à leur carrière professionnelle future.

7: La discrimination liée aux tabous sur les menstruations: les menstruations sont un phénomène naturel qui se présente aux adolescentes pendant leur vie de jeune femme mais pourtant enfreint à de nombreux tabous. En effet, selon l’ONG Plan International, 1 fille sur 10 en Afrique ne va pas à l’école pendant ses règles faute de sanitaires ou encore de protections adaptées et accessibles. Ce qui entraîne donc un décrochage scolaire très important. 

cc: Pixabay

Il existe des solutions clés pour une meilleure inclusion des filles dans le développement via l’éducation: 

L’éducation des filles est un droit fondamental connu et reconnu à l’échelle internationale. Selon l’Institut National de l’UNESCO, ce sont près de 16 millions de filles âgées de 6 à 11 ans qui ne vont pas à l’école dont 9,5 millions rien qu’en Afrique subsaharienne. Un chiffre plus qu’alarmant surtout si on sait que: la non-éducation des filles est un véritable manque pour le développement des pays d’Afrique.  

Pour aller plus loin:

  • une année de scolarisation supplémentaire fait progresser le produit intérieur brut (PIB) annuel d’un pays  de 0,37 %
  • l’accès limité des filles à l’éducation et les obstacles à l’achèvement d’une scolarité de 12 ans coûtent aux pays entre 15 000 et 30 000 milliards de dollars de perte de productivité et de revenus tout au long de la vie, selon le rapport de la Banque mondiale du 11 juillet 2018.

 

Quelles sont les solutions adaptées à l’éducation de filles en Afrique francophone?  

1: Le développement des infrastructures scolaires: à savoir la rénovation, la construction d’écoles, et un équipement plus adapté aux besoins de l’éducation et de la formation (latrines adaptées, fournitures et manuels scolaires, électrification et aménagement des salles de cours…)

2: La mise en place d’une politique nationale (dans chaque pays) en faveur de l’éducation des filles: avec notamment un meilleur suivi des documents de naissances (certificat), la gratuité et l’obligation d’inscrire tout enfant, en particulier toute fille à l’école, l’éradication du mariage précoce sous peine de sanctions, la facilité de l’octroi des bourses sur critères sociaux ou sur mérite afin d’encourager davantage de parents…

3: La sensibilisation à l’égalité auprès des jeunes filles et garçons, des parents mais également auprès du personnel éducatif (formations adaptées)

4: Le renforcement de la sécurité pour un trajet domicile-école en toute quiétude pour les jeunes filles et garçons via une mise à disposition de transports qui facilitent les déplacements 

5: La sensibilisation des jeunes filles et garçons sur l’éducation sexuelle et la menstruation via notamment la mise en place d’infirmiers scolaires ou personnels adaptés avec en plus la mise à disposition de kits hygiéniques accessibles à toutes 

6: La responsabilisation et une meilleure implication des filles dans la vie scolaire pour permettre de se rencontrer, d’échanger, de participer activement et de prendre des initiatives utiles à tous et à toutes dans les écoles avec un meilleur encadrement 

7: Le numérique au service de l’éducation des filles: l’alphabétisation numérique est un réel levier de développement, notamment chez les filles. L’économie numérique étant en plein essor dans le monde, et notamment en Afrique, il est plus que jamais capital d’encourager aux filles à accéder plus facilement aux outils numérique en vue de la création d’opportunités. 

Selon une étude d’INTEL, je cite: ‘ si 600 millions de femmes étaient connectées à Internet en trois ans, cela se traduirait par une augmentation du PIB mondial de l’ordre de 13 à 18 milliards de dollars. Pour obtenir l’égalité des sexes et sortir de la pauvreté, les filles et les jeunes femmes ont besoin d’accéder équitablement aux formations et carrières digitales et technologiques, car la technologie et l’usage d’Internet peuvent être d’excellents outils pour qu’elles s’émancipent.” 

De plus, selon l’Union Internationale des Télécommunications, plus de 90% des métiers dans le monde entier requièrent déjà des compétences digitales. Les nouvelles technologies constituent donc un outil puissant en faveur des femmes actrices du changement. 

La non-éducation des filles est un véritable manque pour le développement des pays et il devient donc capitale de trouver et mettre en place des solutions efficaces pour un développement plus durable. 

« Il n’existe aucun instrument de développement plus efficace que l’éducation des filles. », Kofi Annan, ex-Secrétaire des Nations Unies.

2 thoughts on “Afrique francophone: quelles solutions pour une meilleure éducation des filles?

  1. Bravo pour cet article.
    Aujourd’hui vu l’écart entre les taux de scolarisation des filles et des garçons, il est évident de mettre sur la table la question de genre dans l’éducation.
    L’éducation est un droit fondamental reconnu universellement pour tous les enfants. Une politique éducative efficace, c’est celle qui intègre tout le monde sans distinction aucune. Alors, la question de genre doit normalement être prise en compte dans tous les programmes éducatifs. D’abord au niveau de la planification de l’enseignement, de la mise en œuvre de processus de l’enseignement-apprentissage, en passant par le suivi et l’évaluation.
    Par ailleurs, l’État doit investir davantage dans la sensibilisation des familles afin de combattre les stéréotypes et les pesanteurs socioculturelles qui jouent en défaveur notamment des jeunes filles.

    1. Cher Issaka, merci beaucoup pour l’intérêt porté à l’article ainsi que pour tes riches apports.
      Au plaisir de te lire à nouveau sur le site 🙂

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